Le mas du Barret

ARTICLES

Comme un lointain écho : « Le pendu du bois du Cognet » – Deux habitants se souviennent

Par Michel Jolland

Si, le Mas du Barret l’a largement évoqué dans plusieurs articles récents, la mémoire de Münzenberg ne perd rien de sa pertinence pour un bon nombre d’historiens, de politologues ou de militants, dans le village de Montagne (Isère) où il mourut – du moins, pour être exact, où l’on découvrit un corps désséché accompagné de papiers à son nom – sa tombe demeure pour les gens du lieu le seul témoignage concret de sa personne. Plus de 80 ans ont passé depuis le mois d’Octobre 1940 où fut retrouvé celui que, dans la conversation courante, les habitants du village appelaient « le pendu du bois du Cognet » ou « l’Allemand ». Nous proposons aujourd’hui les récits de deux d’entre eux, contemporains de cet événement. Ils avaient depuis longtemps pris conscience de l’importance historique de Münzenberg au moment où leurs propos ont été recueillis mais ils se sont prêtés avec sérieux et beaucoup de gentillesse à l’exercice de la remémoration. Voici donc, rédigés en respectant au plus près les énoncés de leurs auteurs, les témoignages de messieurs Gabriel Boffelli et André Brun. A les lire, on comprend que si l’image du « pendu » s’est estompée, il persiste, comme un lointain écho, les bribes d’un récit qui fait la part belle à des détails absents des documents officiels.

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Romances de Noël : Pourquoi tant de haine ?

Par Jacques Roux

J’ai posté sur notre site, l’an dernier, sous le titre générique : « Éloge des téléfilms de Noël et des bons sentiments », une série de quatre articles (les 7, 20, 27 septembre 2021 et 5 octobre 2021) dans lesquels je défendais le droit de tout un chacun à savourer sereinement, sans avoir à douter de ses capacités intellectuelles et de son niveau culturel, des téléfilms présentés par un certain Cédric Melon dans Télé Cable Sat du 26 décembre 2020 comme de purs produits de « business » et, selon lui, « dégoulinants de bons sentiments ». Il se trouve que dans le numéro 1864 de TV Magazine du 23 octobre de cette année un article signé Nicolas Vollaire remet ça, avec une outrecuidance qui force l’admiration puisqu’il y est question de : « fiction-romantico-sentimentale dégoulinante de bons sentiments ». Braves gens dont le cœur vibre lorsque celui des héros de votre fiction se met à battre à l’unisson, vous voici donc prévenus : c’est sur vous que « ça dégouline » ! Planquez-vous ou retournez à de plus saines occupations, comme visionner un de ces polars qui squattent tous les écrans et qui ne dégoulinent, eux, que de bon sang bien frais.
Ou, mieux encore, regardez un de ces docs/fictions bien sentis dont Arte et quelques chaînes ou radios se font une spécialité ces derniers temps pour vous convaincre, entre autres, que le « genre » a « mauvais genre », et plus généralement que vous n’êtes (je suis des vôtres) que les tenants et vecteurs de « valeurs ultra-conservatrices ». Ce que déclare avec la fougue d’une jeunesse mal digérée Maureen Lepers, présentée comme « chercheuse » par 20 Minutes dans l’article : « Y a plus de saisons » du 24 octobre 2022. (https://www.20minutes.fr/television/4006934-20221024-telefilms-noel-arrivent-automne-nouveau-printemps-demain). Apparemment la « chercheuse » a trouvé sa voie et tient à ce que le commun des mortels la suive…
Comment se fait-il que ces chères pastilles sucrées si douces et si subtiles quand on ne les regarde pas comme la dame sus-citée avec l’œil de Sandrine Rousseau suscitent tant de haine ? Et de stupide mépris ?

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Willi Münzenberg 3 – Trois roses rouges

Par Michel Jolland

Dans mon article du 2 octobre, j’évoquais la plaquette « rouge et noire » déposée en 2014 par un collectif d’organisations allemandes soucieuses d’honorer la mémoire de Willi Münzenberg et de faire vivre son héritage politique. En réalité cette plaquette reproduit un bref poème intitulé « Dernière requête » écrit en 1915 par Münzenberg.  Dans ce texte, Münzenberg, qui se situe loin de tout enjeu politique, dit avoir cherché la lumière, c’est-à-dire le vrai, le juste, le beau : trois critères fondamentaux de toute vie philosophique. Il demande aussi trois roses rouge foncé pour sa tombe, non pas pour en faire les symboles d’un quelconque engagement, mais simplement parce qu’il aime ces fleurs. Sans doute a-t-il été entendu puisque trois d’entre elles couronnent la gerbe récemment déposée sur sa tombe en cours de rénovation.

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Jean-Pierre Gelly
Mort du dernier fils de Gutenberg

Par Jacques Roux

Vendredi 16 septembre, apprenant le décès de Jean-Pierre Gelly, notre ami du Mas du Barret, Michel Jolland s’est exclamé : « La Colombe noire a encore frappé » ! Il faisait alors référence à cette Colombe de malheur, annonciatrice silencieuse de la fin prochaine de celui qu’elle approche, qui donna son nom au roman publié par Jean-Pierre Gelly en 2020 (« La Colombe noire »). Une colombe qui l’avait déjà frôlé plusieurs fois de son aile mais qui, cette fois, vint se poser sur son lit d’hôpital.
A Aubenas, le Vendredi 16 septembre 2022. En début d’après-midi.
Peu avant l’heure des visites, comme si ce grand cœur au sourire narquois avait voulu éviter à ses proches un moment difficile à supporter.

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Willi Münzenberg 2 – Montagne : une tombe chargée d’histoire

Par Michel Jolland

Le 17 octobre 1940, deux chasseurs trouvent le corps d’un  homme au pied d’un chêne dans le bois du Cognet près du village de Montagne (Isère). Ils alertent les autorités. Le lendemain, deux gendarmes de la brigade de Saint-Marcellin se rendent sur place pour enquêter, les papiers trouvés sur le corps donnent l’identité du mort, le permis d’inhumer pour cause de  « pendaison par suicide » est délivré. Le 20 octobre on enterre Willi Münzenberg au cimetière de Montagne. Bien que modeste, sa tombe héberge la mémoire d’un riche parcours de vie, celle d’un pan important de l’histoire mouvementée du siècle dernier et celle, toujours mobilisatrice, d’une énigme locale. On y croise également deux personnalités liées à cet ensemble mémoriel : Babette Gross, la fidèle compagne et collaboratrice de Münzenberg et Hans Schulz, son dévoué secrétaire qui, nous le verrons, sera le titulaire officiel de la concession.

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Beaumont, Ardèche… Vous avez dit étrange ?

Par Jacques Roux

Pour vous rendre à Beaumont, dit la voix au bout du fil, il faudrait prendre la route de… Oh ! Mais non ! Ce serait un peu trop compliqué. Il serait préférable… A moins que… Tournez après le pont ! A gauche. Mais après c’est à droite. Ou alors à droite… mais après c’est à gauche. Enfin… euh !

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Willi Münzenberg -1 D’Erfurt (Thuringe, Allemagne) à Montagne (Isère, France)

Par Michel Jolland

Le 22 août de l’année dernière, sous le titre « Vers un nouveau regard sur Willi Münzenberg ? », le Mas du Barret annonçait la création d’une association à la mémoire de cet acteur majeur du communisme international de l’entre-deux guerres, opposant de la première heure au nazisme, adversaire du stalinisme dès 1937-38, initiateur d’importants mouvements de solidarité internationale et d’organisations anticoloniales et anti-impérialistes. Une personnalité qui appartient à l’histoire mondiale tout en étant indissolublement liée à celle du Dauphiné puisque les chemins du destin ont voulu qu’elle trouve la mort et soit inhumée à Montagne, près de Saint-Marcellin (Isère). Cette fin tragique dans un paisible village situé entre le plateau de Chambaran et la vallée de l’Isère est d’ailleurs d’autant plus marquante qu’elle demeure énigmatique, comme le précise un article posté sur le Mas le 14 novembre 2015 (http://www.masdubarret.com/?p=210).

L’ASSOCIATION EUROPÉENNE WILLI MÜNZENBERG a été créée en avril 2022. Sa première démarche, très concrète, a été de restaurer la tombe du cimetière de Montagne. Nous en parlerons prochainement. Cette restauration toutefois n’est pas une fin en elle-même, elle s’inscrit dans un travail plus large visant à étudier et faire connaître la vie et l’action de Willi Münzenberg et de son entourage. Plusieurs pistes se présentent. Il y a d’abord l’indispensable rappel des principaux éléments de biographie permettant de situer cette personnalité et le contexte dans lequel elle a évolué. L’exploration du lien particulier qui l’unit au village de Montagne est certes plus localiste, mais tout aussi utile. Cependant si l’on veut aller plus loin, et tenter d’y voir plus clair dans la superposition d’images construites au fil du temps par les publications et les commentaires relatifs à Münzenberg, il convient à la fois d’élargir le champ d’étude et de privilégier une approche neutre de la réalité des faits et de leur portée historique.

Voici, dans cette perspective, le premier d’une série d’articles rédigés en écho à l’interrogation de départ : « Vers un nouveau regard sur Willi Münzenberg ? ».

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Bonnard

Par Jacques Roux

Parmi les artistes les plus réputés de notre temps il en est un que la rapacité médiatique a jusqu’ici épargné. Sans doute parce qu’il n’a pas l’aura d’un Picasso, par exemple, mais surtout me semble-t-il parce que son œuvre – appréciée pourtant dans le monde entier, il suffit de recenser les musées qui possèdent quelques unes de ses toiles – se refuse à toute approche superficielle, à toute manipulation « spectaculaire ». Cette difficulté explique la lecture passe-partout de son travail proposée récemment par le Musée de Grenoble : « Les couleurs de la lumière ». De fait, comment parler de peinture sans s’interroger sur ces deux données constitutives de sa spécificité : la lumière, la couleur ? Si le titre d’une exposition a pour mission de cibler et définir au plus près la production d’un créateur, il faut reconnaître qu’ici on a fait profil bas (il y a eu pire, qu’on se souvienne du sinistre et ridicule « A fleur de peau » pour Fantin-Latour !) : même si l’on ne pense qu’aux Impressionnistes, ils seraient tant à se trouver visés par cette formule. Mais qu’importe ! Le plus important est que la très réputée institution grenobloise ait rendu hommage à ce grand peintre. Lequel, ils ne sont pas si nombreux, a laissé sa trace dans le département isérois puisque lié par ses origines à la commune du Grand-Lemps, où il est venu souvent et où ont été prises quelques unes des plus émouvantes et troublantes photographies de sa compagne et modèle (dite : Marthe). Et de lui-même. Pour le Mas du Barret, cette proximité serait un motif suffisant pour glisser dans ses pages quelques mots sur Pierre Bonnard. Mais il s’y ajoute le désir d’évoquer, sans entrer dans le détail et sans autre prétention que le souci de partager, le plaisir que l’on peut prendre à contempler une œuvre que « les couleurs de la lumière » ne suffisent pas à définir.

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La petite Madone de Saint-Vérand
Son précieux silence

Par Jacques Roux

En cette journée de 15 Août il m’est revenu en mémoire une discrète Madone découverte il y a une dizaine d’années dans une sorte de local/débarras de l’église de Saint-Vérand. Bien qu’elle soit elle-même indifférente à sa destinée et aux aléas qui l’ont conduite à se retrouver abandonnée, comme inutile, en un lieu oublié de tous, j’ai pensé profiter de cette journée consacrée à Celle qui lui sert de modèle pour la mettre sur le devant de la scène. Les personnages mythiques qui hantent notre imaginaire et donnent du sens à nos croyances, il en est ainsi pour le champ religieux, n’existent au quotidien qu’au travers de représentations façonnées au cours de l’histoire. Et même lorsque les images, en tant que telles, sont considérées comme inadéquates, sinon tabous, la représentation construite alors par les discours, les prières, les invocations, n’en est que plus prégnante et puissante, comme si elle s’installait directement au cœur des consciences pour délivrer ses, parfois terribles, messages. La petite Madone abandonnée n’a pas cette prétention. Dans son débarras, comme si de rien n’était, elle continue de porter un paisible message de paix, de recueillement, de silence surtout. Le silence est devenu denrée rare : il faut occuper le terrain. Et moins on pèse en termes d’intériorité, plus on caquète. Branchez vos postes de télé vous comprendrez ce que je veux dire. Ou jetez un œil à ce que l’on a curieusement baptisé les « réseaux sociaux », inépuisable bouillon de culture où mijotent toutes nos niaiseries, prétentions et poussées haineuses. La petite Madone semble si loin de ce cloaque ! C’est pourquoi sans doute elle me paraît, bien que je sois étranger à la foi qui conditionna son existence, précieuse, et mériter qu’on s’intéresse à elle.

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Jeux de regards

Par Jacques Roux

Un tableau n’existe que lorsqu’on le regarde. Cette lapalissade n’en est pas vraiment une : il ne suffit pas de jeter un œil et de se dire que « oui, ma foi, pas mal », ou « non, vraiment, ça ne me plaît pas ». Pour que le tableau existe il faut qu’il devienne sujet de préoccupation et nous pousse à le questionner : « qu’est-ce que… ? – « Pourquoi ? », et tout autre question renvoyant à ce qu’il donne à voir. Je précise que si les interrogations touchant aux significations, aux symboliques, à l’historique de l’œuvre (histoire et histoire de l’art) sont légitimes, elles ne doivent pas faire l’impasse sur le travail initial, stricto sensu visuel. Qu’est-ce que je « vois ? » est le point de départ obligé. Nombre d’ouvrages « savants » oublient cet impératif absolu ; pour n’en citer qu’un, même s’il a une vocation pédagogique, « Apprendre à lire les images » (paru chez Flammarion) oublie plus d’une fois l’étude approchée de ce qui apparaît, privilégiant l’apport de données contextuelles (l’époque, l’auteur, les questions de style, etc.).
A Saint-Vérand (38), parmi les cinq copies de maîtres (datant du dernier tiers du XIXème siècle) déjà évoquées sur ce site, il en est une dont l’approche fut hésitante. Certes, et plus que ses quatre voisines, j’avais consacré du temps à la contempler, mais cette peinture pourtant si simple, une Nativité, des bergers en adoration, commença par fuir devant mon regard. Il est vrai qu’elle avait quelque chose de particulier qui troublait la perception. Je savais qu’il s’agissait d’une copie, mais, à la différence des quatre autres peintures, je ne connaissais ni l’auteur de son modèle, ni le tableau qui avait été recopié. Une copie sans original c’est une double problématique : que montre ce tableau (la copie) ? Ce qu’il montre est-il fidèle à l’original ? Pour chacune des autres copies la démarche avait été simple : après avoir contemplé et étudié l’original, l’étude de la production du copiste livrait en même temps la nature même de la copie et son rapport, plus ou moins fidèle, à son modèle. Ici je plongeais dans une œuvre « en soi » dont, sans en avoir conscience, la contemplation me laissait espérer l’accès à son autre, son modèle, l’original. Le double examen des quatre autres copies : celle de l’original puis celle de la copie se réduisait ici à un seul. Or, en explorant la copie de « L’adoration des bergers », j’éprouvais, sans que ce soit clair et verbalisé, l’illusion de rencontrer l’original. Ce qui bien sûr ne pouvait être le cas lorsque, partant d’une copie je revenais à son modèle : tous les changements, fussent-ils les plus nuancés, me sautaient aux yeux. Ici j’étais malgré moi conduit à confondre ce qui m’était donné à voir et ce qui m’était masqué (la logique de l’original). Avec, au bout du voyage, le risque d’une confrontation cruelle entre le postulat et la réalité avérée (du modèle). C’est cette expérience, somme toute utile pour prendre conscience entre autres de quelques opérations mentales susceptibles d’interagir avec la pure et simple perception des sens (dans ce cas la vue, mais il en est ainsi avec tout autre sensation, de l’ouïe au toucher), ma confrontation avec « L’adoration des bergers », copie sans modèle présente dans le chœur de l’église de Saint-Vérand (38), que je souhaite évoquer ici.

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